Editions Denoël Sept. 2004
Prix Renaudot 2004
Après la Révolution russe, Irène Némirovsky,née en 1903, est contrainte à un premier exil lorsque les Soviets mettent à prix la tête de son père. Après quelques années d'errance en Finlande et en Suède, elle s'installe à Paris. Maîtrisant sept langues, riche de ses expériences et passionnée de littérature, Irène a déjà beaucoup publié lorsqu'en 1929 elle envoie à Bernard Grasset le manuscrit de 'David Golder'. Et Irène devient cette égérie littéraire - aujourd'hui injustement oubliée - fêtée par Morand, Drieu La Rochelle, Cocteau. Il ne faudra pas dix ans pour que ce rêve tourne au cauchemar : victime de l'aryanisation de l'édition, l'écrivain n'a plus le droit de publier sous son nom tandis que Michel, son mari, est interdit d'exercer sa profession. Puis la guerre lui arrache à nouveau son foyer, puis la vie. Emportée sur les routes de l'exode, Irène Némirovsky trouve refuge dans un village du Morvan, avant d'être arrêtée par les gendarmes français, puis déportée et assassinée à Auschwitz, l'été 1942.
(Source: Evène)
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"Suite française" est plus qu'un livre, c'est aussi l'histoire d'un manuscrit.
(Source: Librairie Ombres Blanches)
- En 1942, après l’arrestation d’Irène Némirovsky, puis de son mari Michel Epstein, leurs deux filles, Denise (13 ans) et Elisabeth (5 ans) s’enfuient avec leur tutrice en emportant une valise contenant photos, bijoux, papiers de famille et, surtout, cet épais classeur de maroquin gravé des initiales I.N,
dont leur mère ne se séparait jamais : son dernier manuscrit, rédigé d’une écriture microscopique pour économiser l’encre et le mauvais papier de guerre. Ce cahier, Denise le sauve aux dépens de sa poupée Bleuette, qu’elle doit abandonner la mort dans l’âme. Il lui servira parfois d’ « oreiller », dans les caves de la région de Bordeaux où les fillettes traquées sont obligées de se cacher pendant plusieurs mois.
- Grâce à Robert Esmenard, qui préside à la maison Albin Michel (éditeur d’Irène), et qui organise une souscription dès 1945 pour éviter aux petites filles l’assistance publique, Denise est placée dans un pensionnat catholique de la région parisienne et Elisabeth placée dans une famille d’accueil. Le manuscrit part chez un notaire. Denise, qui le récupère, ne l’ouvrira pas avant 1954, et sans pouvoir s’y pencher vraiment pendant des années encore (ni, du reste, sa sœur), tant est lourd le poids du chagrin et de la colère. Elle ne comprend pas d’ailleurs tout de suite qu’il s’agit d’un roman, croyant à un journal intime -car y sont mêlées des notes manuscrites d’Irène Némirovsky, notes « très douloureuses ».
- En 1975, les feuillets manquant d’être perdus lors d’une inondation survenue dans son domicile parisien, Denise Epstein s’astreint au recopiage intégral, à la main et à la loupe.
- Denise accorde la priorité à sa sœur, Elisabeth Gille, qu’elle aide dans la préparation d’un livre, biographie imaginaire de leur mère intitulée Le Mirador, et que publient les Presses de la Renaissance en 1992. L'année même où la décision est prise de confier le manuscrit à l’IMEC (Institut de la Mémoire de l’Edition Contemporaine). Avant de s’en séparer, toutefois, Denise le déchiffre et le dactylographie jusqu’à sa retranscription définitive.
- Une troisième retranscription est mise en mémoire dans son ordinateur, dans les années 2000.
- 2004 : A Toulouse, rencontre inopinée de Denise Epstein avec Myriam Anissimov, écrivaine et biographe de Romain Gary (lequel admirait fort Irène Némirovsky). M. Anissimov joue le rôle de « passeuse » auprès du futur éditeur de ce livre, Olivier Rubinstein (Denoël) ; elle en sera aussi la préfacière.
- Le livre paraît en librairie le 30 septembre. A la Foire du livre de Frankfort, les droits de Suite française sont vendus dans une quinzaine de pays (USA, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Espagne, Russie, Japon, etc.). Lundi 8 novembre, il est couronné du prix Renaudot, qui récompense pour la première fois de son histoire un auteur disparu. Il l’emporte au 2° tour, par 6 voix contre 3 à Marc Lambron pour Les menteurs et 1 à Philippe Ségur pour Poétique de l’égorgeur… Terrible ironie de ces titres...
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